16.07.2008

Sur la route des caravanes...

Y a pas moyen, je suis là sous le manguier, tirant la langue, machouillant mon crayon bois, traçants des traits, caressant les fleuves et les falaises de la carte du Mali... Bientôt le camp humanitaire de Ségou touche à sa fin. Merveillant camp, mais je recommence déjà à avoir hâte d'être sur la route, sur la pirogue, sur le dos d'un chameau... On the camel road, beat generation. Les étoiles qui ont guidé les pas de Kerouac et d'Eluard sont les mêmes que celles qui guident mes sandales. On voit la Croix du Sud ici. La Croix de Tombvouctou dans ma besace, je m'apprête donc à prendre la route vers la grande cité touareg, la porte du désert, là où l'harmattan souffle dans les voiles et dans les sèches des bédouins caravaniers.

Ségou, Djenné, Mopti, Bandiagara, le Pays Dogon, Douentza, et puis.... finalement Gao, pousser jusqu'à Gao... Cette ultime limite murmurée par le Quay d'Orsay à Paname. Pas forcément la route la plus sage, mais de toute façon, y a personne qui va pouvoir venir m'empêcher de franchir un tout petit peu cette limite. Le tracé est là, plein de sable, de poussière de coquillages, de crottes de chameau et de féeries touaregs. Un sac à dos, des machettes pour zigouiller les moustiques, quelques francs coloniaux, mon couteau pour éplucher les mangues, et les "nourritures terrestres" d'André Gide et "au delà de cette limite votre ticket n'est plus valable" de romain gary cooper. Hâte de me retrouver un peu plus seule, de pouvoir voir défiler des paysages, des cases blanches, des femmes qui me rappellent ma bigoudénie natale, des vaches trop maigres broutant quelques sèches herbes dans des déserts lunaires, me laisser porter par le chant des muezzins.

C'est le souci du camp. C'est un défi que d'être solitaire ici en Afrique. La solitude, l'indépendance est un vice pour ce peuple communautaire. Pénible vice. Pas possible d'aller faire le petit lézard sous un citronnier, sans avoir quelqu'un qui raboule ses fesses en te demandant "ca ne va ??? tu as des problèmes de moral ???" "nan !!!!! j'ai juste envie de ne rien entendre, de ne rien dire, de ne rien faire..."... Mais ça, j'ai eu beau l'expliquer par Platon dans le texte, citer des vers amers de Saint-John-Perse, ça ne passe pas chez eux. Pire encore, convaincus que tu es vraiment mais alors très très très triste, rien que pour te faire plaisir, ils te sortent le transistor et y glissent une cassette De Céline Dion Coulibaly et de Lionel Richie Diara. Et ça, c'est particulièrement pénible. Tu peux pousser tous les bouhouhou de la galaxie, ils ne décollent pas de tes sandales. Quand tu fais ta lessive idem... Quand tu frappes deux trois notes de djembe idem... Toute effluve méditative, toute rêverie, et paf ! Ils ont peur du silence. Je ne sais pas pourquoi. Peut-être l'assimilent-ils à la mort. Quelqu'un qui ne dit rien, quelqu'un qui trait ses secrets, quelqu'un de discret de mystérieux est considéré copmme suspect, on s'en méfie. Il faut parfois se forcer à palabrer. "alors, comment vas-tu ? Comment va la famille ? Et le travail ? Et les poules?....."

Alors faut parader esquiver... Faire semblant de roupiller sous le chapeau. Hier grand bonheur ; Youssouf m'a prêté sa moto. Une bouffée de vent dans la bouille au propre comme au figuré. Des plombes que je n'étais pas montée. Deux trois vérifs. C'est bon, je me rappelle où sont les freins. L'aiguille de vitesse est cassée tiens-je à souligner? Ce n'est pas grave ! Derniers conseils de Youssouf : "tu croises des mômes tu klaxonnes, tu croises des chèvres, tu klaxonnes, tu arrives à un carrefour, tu klaxonnes et tu fonces, si tu as un carton, tu appelles pour qu'on vienne te chercher au dispensaire...."

On the road..... ouhhhhhhh que c'est good ! Une pluie tropicale avait saccagé le quartier la nuit précédante. Splourtchhhhhhhhhhhhhh  Les flaques de boue ocre ! Le plein dans le réservoir. Quelques kilomètres ont suffi pour retrouver le sens de ce si beau mot ; liberté, une pépite de liberté, belle et pure. Les quartiers périphériques de Ségou, le long du fleuve Niger, puis des cases, des femmes pillant le mil avec le bébé sur le dos, des enfants qui tirent la queue des ânes, des charettes médiévales, la misère... et pourtant toute la beauté du monde et une profonde humanité. Un petit hameau plus loin. Le silence. Juste le silence. Et un cheval sur la place. Un cheval noir tout calme qui me regardait. Rien d'autre que cette cavale impériale dans ce cadre dépouillé. Une bouteille d'eau dans le sac que j'ai deversée sur ma tête brûlante. Un petit bout de gâteau qu'il me restait pour gringalet mon nouveau compagnon. Lancelot sur les terres maliennes. Ondine au fond du seau d'eau infestée de mouches. La moto ronronnante, Gringalet qui hénissait un peu "scrontchhhhhh" (c'est le hénissement de gringalet ça), je me suis assise sur une pierre... Le temps de me rouler une oldholborn, de la savourer, de savourer cet instant d'harmonie et de sérennité.

et de repartir sur ma cavale motorisée m'acheter des pommes au marché.

Commentaires

Tes mots dessinent ton visage sur mon écran..

ou plutôt le ben's mac écran géant.. que je vais jusqu'à effleurer de mes lèvres asséchées. Extase des papilles. Celles là qui se cachent quelque part entre les lobes et les doigts, celles là qui dictent et qui noircissent. Pages vierges attendez nous, on a encore plein de merveilles à vous confier. Kerouac, avec ses trains vagabonds et ses nuits d'étoiles célestes, fait quinze bond la seconde dans sa caisse de bois clair.

Quelle que soit ta route, vers un désert de paroles, vers un nuage de gens, vers des poussières d'histoire, vers un Léon un temps africain, vers le sel et l'argent, vers l'onde les roseaux et les hippo, vers un René masqué... qu'elle soit parsemée de tes songes matérialisés.

En attendant la croix dussud d'un nouvel an perlé de corail..
Takecare.

Ecrit par : capitaine abandonné | 16.07.2008

L'esprit embrumé, j'avais besoin de m'évader, là, tout de suite, maintenant. Bon raté, le décolage c'est pour dans 2 jours. Forcément, la lecture de mes guides australiens ne me suffit pas mais ne fait que me rendre un peu plus impatiente. Jour après jour.
Me voilà donc, là, de nouveau sur ton blog. Toujours un plaisir de s'évader à travers tes mots. Le sourire aux lèvres et l'esprit ailleurs, le temps de te lire.
Et une envie encore plus grande de prendre la route du bush ;)
Bonne route à toi, et comme dit DD, take care
xxx

Ecrit par : Céline des Iles | 17.07.2008

aie! démasqued!

Ecrit par : capitaine abandonné | 17.07.2008

Ohé Ohé met des ailes à ton voilier ! vers quel océan secret ?
je dirais celui du Pacifique, vers un petit bout de terre perdu. Longitude 164 à 168°. Latitude 20 à 22° Sud.
J'adore vos petites allusions de voyage "hivernale" vers notre caillou du bout du monde.
Bisous

Ecrit par : Céline des îles | 18.07.2008

En tout cas, une chose est certaine, ce sera longitude babyfoot et latitude grosse raclée que la team céline des îles +manu dans son désert inaccessible va foutre à la team capitaine abandonné + gastoune !!!!

Ecrit par : Manu dans son désert inaccessible | 20.07.2008

De quelque part au nord, bien plus au nord, perdu dans la jungle bitumineuse d'une capitale fourmillonante, le capitaine abandonné en appelle au gastoune : WAATCHABANATRABAOUPA!

Le cri de guerre résonne jusqu'au rift austral-hongrois - et ouais rien de moins que ça - : halte là! no passaran!

E puis c'est bien connu : la raclette c'est par -15° et de la neige par dessus tête alors que là ce sera +25° et du sable plein les orteils.

WAATCHABANATRABAOUPA!

Et en avant les paris!

Ecrit par : capitaine abandonné | 23.07.2008

Quelque part au Sud, bien plus au Sud, dans une jungle de fougères arborescentes géantes, de niaoulis et autres banians, un cri résonne...

*WAATCHABANATRABAOUPA*

J'entend votre appel capitaine (Enfin !, me direz vous, mais c'est que ça met du temps un cri pour parcourir 18 000 km ) !
Je crains que le soleil du désert ne fasse délirer Manu, je ne vois que cette explication à une telle provocation !!

Mais soit, vous nous en rendrez raison !
Il ne reste plus qu'une date à fixer pour règler nos comptes...et un lieu, parcequ'on a pas encore trouvé notre "chezJose" local ;)

*s'en retourne dans sa forêt*

Ecrit par : Gastoune | 11.08.2008

Quelque part au Sud, bien plus au Sud, dans une jungle de fougères arborescentes géantes, de niaoulis et autres banians, un cri résonne...

*WAATCHABANATRABAOUPA*

J'entend votre appel capitaine (Enfin !, me direz vous, mais c'est que ça met du temps un cri pour parcourir 18 000 km ) !
Je crains que le soleil du désert ne fasse délirer Manu, je ne vois que cette explication à une telle provocation !!

Mais soit, vous nous en rendrez raison !
Il ne reste plus qu'une date à fixer pour règler nos comptes...et un lieu, parcequ'on a pas encore trouvé notre "chezJose" local ;)

*s'en retourne dans sa forêt*

Ecrit par : Gastoune | 11.08.2008

aïe aïe aïe je sens que les poignets vont chauffer, et la despé couler à flot ! Mais t'inquiète manu, la victoire est en nous ;)

Ecrit par : Céline des îles | 12.08.2008

Écrire un commentaire