25.07.2008

Journée de classe

Tiken Jah dans l'oreillette, je m'isole sous mon manguier, armée de mon indécrottable crayon rouge. si la corvée des copies à corriger est déjà une corvée en france, alors ici, n'en parlons même pas. J'ai trois grosses classes quotidiennes, mais quand je dis grosse.... J'ai besoin de jumelles et d'un haut parleur pour communiquer avec les rangs du fond. Ils sont plus de cent. Alors, je vais m'éclater ce soir, deux cents rédac, en français baragouiné teinté de bambara, écriture en pattes de moustiques, à s'en éclater les pupilles... Comme en France, on va se dire, allez, un pépito toutes les cinq copies, sauf que là, va falloir les imaginer très fort les pépitos.

Tiens tiens, ça c'est une nouvelle idée à creuser... Etudier tiken jah l'année prochaine avec les gremlins....

 

21.07.2008

Savarone et Malarine

Toutes les nuits sont scandées par le vol titubant des alophènes, les gardiennes du temple.
La nuit a déjà mis de l'ombre dans les case.
Savarone, Malarine et le cortège de saligaudes de fouinasses de moustiquasses déboulent dard dard.
Cap le moindre morceau de peau non protégé. Et ça pour être efficaces, elles savent l'être !
La musique des moustiques sous la moustiquaire est une insolence.
La malaria est ici un fléau. Une collègue insouciante qui a refusé de prendre sa savarine parce que ça lui donnait mal au ventre a chopé le palu. Elle est comme les africains, agonisante sur des nattes suantes. Cocktail de quinine. J'ai de la chance : donc juste ma pétasse d'araignée amoureuse de mon oreille. Une fourmi carnivore qui m'a bouffé la cuisse. Et deux trois petites piqûres de "sosso", les moustiques comme les apellent les enfants ici. Mais blinder les sentinelles, dormir avec une machette sous l'oreiller ou le sweet en boule qui fait office d'oreiller. Y a pas moyen, une soirée au dispensaire de Ségou, en plein centre du Mali, en service pédiatrie suffit pour convaincre de l'horreur des pathologies tropicales.
Le petit jeu de la soirée : Savarone et Malarine se sont cachés sur la photo de l'évier de la cuisine. Trouve Savarone et Malarine :)
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20.07.2008

Honni soient ceux.... (oui je sais, elle est facile celle là)

Au Mali, à l'entrée des bars, il n'y a pas de grand gaillard blanc blond péroxydé aux bras croisés dans un costard bien taillé, qui vous le taille le votre de costard en vous disant : "heu, nan, là je crois que ça ne va pas être possible" avec un sourire aussi large qu'un vol charter gouvernemental.

Au Mali, tous les soirs, c'est le bal des alophènes. Les gardiennes du temple veillent aux portes de ma moustiquaire. A la moindre sortie de la yourte, c'est le déluge. Les erynnies foncent dard dard devant.

Au Mali, les tout petits enfants ont le même regard halluciné quand ils croisent sur leur chemin un "toubab" que nos p'tits bouts quand ils voient pour la première fois un noir. Un blanc. La différence. Mais au Mali, les parents les laissent nous toucher les cheveux blonds, la peau lactée, les enfants ici ne se prennent pas une tape sur les doigts genre "oh ne te comporte pas ainsi avec des gens de peau de couleur différente il va croire que tu es raciste". Pas de xénophobie refoulée ici. Je me dis que nos comportements gaulois face à la "negra derma" engendrent crainte et peur de l'autre, et progressivement rejet et haine.

Au Mali, y en du boulot concernant l'éducation sanitaire et sociale des mômes. Les enfants parlent peu ou mal le français, la langue officielle. Les filles, sous couvert de la tradition qui veille malheureusement au grain, ne sont pas scolarisées. La contraception est encore peu répandue. Les filles, la pilule, elles la prennent par poignées de cinq comprimés lorsqu'elles ont mal à la tête. Les filles pensent parfois encore que maman a sûrement raison lorsqu'elle évoque les textes religieux pour limer les organes génitaux "tu te rapprocheras de la créature originelle androgyne". Les rues sont grouillantes de mômes, qui travaillent ou galopent jusqu'à tard dans les rues. Les mômes jouent au foot, se prennent pour droghba, dans les flaques de boue, avec les pieds des ânes pour cage de but, et des claquettes usagcomme gants de gardien. Les mômes dans certains villages ne connaissent parfois que le mot "cadeau" "cadeau" "cadeau" et lorsque le touriste averti que le backchich est une antisolution à la misère des enfants et leur répnd "warite bonbonte bic te" "j'ai pas de fric, j'ai pas de bonbon j'ai pas de bic", les petis tentent quand même de t'arracher ta montre ou ton sac....

Mais parfois il y en d'autres, en petite culotte déchirée et pieds nus, qui se battent pour te serrer la main, et ne plus la décrocher, ta main, et faire cinq kilomètres dans la caillasse pour t'accompagner jusqu'au cyber.

Youssouf et Mademoiselle Sarkozy

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Organisateur du festival sur le niger à Ségou, responsable pour la commune des activités sportives et culturelles, sans Youssouf, notre mission n'aurait jamais été ce qu'elle est...

Youssouf a donc une gamine de deux ans. Une gamine dont personne ne connaît à vrai dire le prénom officiel. Tout le monde ne connait de la miss que le surnom : "mademoiselle sarkozy".

????? "Ah ouich'" nous explique donc le papa..... "ça a commencé lorsqu'elle a commencé à parler, son tonton l'a surnommée mademoiselle sarkozy, depuis tout le monde l'appelle ainsi, moi le premier, et puis elle ne répond plus que quand on l'appelle mademoiselle sarkozy. Son vrai prénom ne veut rien dire pour elle"

Ah bonche... Et bé, pov ptiote ! Mais pourquoi donc...

"pourquoi mademoiselle sarkozy ? C'est bien simple, elle parle, elle parle, elle parle, elle gigote, elle gigote sans arrêt, il n'y a qu'elle qui compte quand elle parle, elle envoie des coups de poupée à ses détracteurs. Le soir à la maison, elle nous raconte des histoires impensables, pour nous faire courir. Elle nous raconte qu'elle est allée à l'école, et qu'elle est revenue de l'école avec un petit singe qui avait un chapeau et que le singe il est entré dans un magasin de condiments et qu'il a volé tous les gâteaux de tous les clients pour aller prendre son bain dans le Niger et que non, non, non, papa, ce n'est pas moi qui ai mangé les gâteaux.... Elle parle elle parle, elle est insupportable"

La future princesse des combines louches et des affaires conclues dans les fonds de cavernes de Bamako !

Blanc comme du lait pur

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C'est l'heure des bassines. L'heure du morceau de savon noir et des fringues crasseuses accumulées au fil des derniers jours. C'est un peu la corvée. Quelques heures de marche dehors suffisent à rendre les fringues vraiment sales. Et après quelques semaines africaines, je commence à comprendre ma grand-mère qui racontait que l'invention qui avait le plus révolutionné sa vie était le lave-linge. Je ramasse tuniques et petites culottes éparpillées au quatre coins de la petite pièce vide qui me sert de chambre. Je n'ai même pas le temps de m'installer sur mon caillou, sous mon manguier que trois petites têtes en guenilles déboulent d'on ne sait où : "donne donne donne emmanueeeeeeeeeeeeelle, nous vouloir faire ton linge propre" "non, non, non, mais ça ne va pas la tête ou quoi, ça va aller les filles, vous êtes très gentilles, mais vous pouvez continuer de vous amuser et de jouer à l'élastique !"

Et ben même pas dans mes rêves qu'il va falloir palabrer. La honte ! Mes trois bouts de chou en guenilles sont déjà agenouillées, au travail, le nez dans mes bassines. Et ça frotte, ça frotte. Vigoureusement. Rieuses lessiveuses, éclatantes de fierté de laver mon linge plus toubab que toubab. Je ne sais pas si mon linge a un seul jour été aussi blanc que le jour même où j'ai acheté mes fringues. Mes trois petites lessiveuses d'un jour ont le coeur aussi pur que du lait blanc....

17.07.2008

Comme des mangues pourries....

Curieusement je suis en pleine forme :)

La maladie est ici omniprésente. Maux en tous genres, bide essentiellement pour les européens, hummm le sentiment d'avoir un élevage de cornichons à pattes dans le bide.... Un pic de malaria a laminé les volontaires africains la semaine dernière sur leurs nattes suantes. Assez impressionnant. Quand on voit ça, on prend bien sa malarone, on réimprègne sa moustiquaire, on met une petite tunique sur le débardeur à  la nuit tombante quitte à crever de chaud sous les 42°C...

Mais une pétasse d'araignée m'a eue dans le creux de l'oreille. Et vilainement. Purulation atomique. Faut amputer. Direction semi nocturne vers le dispensaire pour une bonne désinfection à la soude phosphochloroaminhydrique. "ca va piquer un peu emmanuelle...". Un peu de fatigue. Juste la force de me mordre les lèvres indécentes. Sous mes yeux le dortoir pédiatrique. Sous mes yeux des p'tits bouts de chou comme des mangues pourries, butinées par des mouches noires. Des regards vides. Une petite boule noire à vacciner tapie dans mes bras.

Rentrant plus tard la nuit au camp, l'oreille pansée, un sentiment perplexe. L'envie de jeter au fond d'une "fosse à eaux usagées déchets" mes derniers bouts de gateaux de manioc. Heureusement quatre gremlins galopaient près des goudrons, le ventre peut-être certainement creux. Le vie devant soi encore et toujours. Loin des caprices gaulois d'une partie des gens du camp. La vie devant moi encore et toujours. 

 

16.07.2008

Sur la route des caravanes...

Y a pas moyen, je suis là sous le manguier, tirant la langue, machouillant mon crayon bois, traçants des traits, caressant les fleuves et les falaises de la carte du Mali... Bientôt le camp humanitaire de Ségou touche à sa fin. Merveillant camp, mais je recommence déjà à avoir hâte d'être sur la route, sur la pirogue, sur le dos d'un chameau... On the camel road, beat generation. Les étoiles qui ont guidé les pas de Kerouac et d'Eluard sont les mêmes que celles qui guident mes sandales. On voit la Croix du Sud ici. La Croix de Tombvouctou dans ma besace, je m'apprête donc à prendre la route vers la grande cité touareg, la porte du désert, là où l'harmattan souffle dans les voiles et dans les sèches des bédouins caravaniers.

Ségou, Djenné, Mopti, Bandiagara, le Pays Dogon, Douentza, et puis.... finalement Gao, pousser jusqu'à Gao... Cette ultime limite murmurée par le Quay d'Orsay à Paname. Pas forcément la route la plus sage, mais de toute façon, y a personne qui va pouvoir venir m'empêcher de franchir un tout petit peu cette limite. Le tracé est là, plein de sable, de poussière de coquillages, de crottes de chameau et de féeries touaregs. Un sac à dos, des machettes pour zigouiller les moustiques, quelques francs coloniaux, mon couteau pour éplucher les mangues, et les "nourritures terrestres" d'André Gide et "au delà de cette limite votre ticket n'est plus valable" de romain gary cooper. Hâte de me retrouver un peu plus seule, de pouvoir voir défiler des paysages, des cases blanches, des femmes qui me rappellent ma bigoudénie natale, des vaches trop maigres broutant quelques sèches herbes dans des déserts lunaires, me laisser porter par le chant des muezzins.

C'est le souci du camp. C'est un défi que d'être solitaire ici en Afrique. La solitude, l'indépendance est un vice pour ce peuple communautaire. Pénible vice. Pas possible d'aller faire le petit lézard sous un citronnier, sans avoir quelqu'un qui raboule ses fesses en te demandant "ca ne va ??? tu as des problèmes de moral ???" "nan !!!!! j'ai juste envie de ne rien entendre, de ne rien dire, de ne rien faire..."... Mais ça, j'ai eu beau l'expliquer par Platon dans le texte, citer des vers amers de Saint-John-Perse, ça ne passe pas chez eux. Pire encore, convaincus que tu es vraiment mais alors très très très triste, rien que pour te faire plaisir, ils te sortent le transistor et y glissent une cassette De Céline Dion Coulibaly et de Lionel Richie Diara. Et ça, c'est particulièrement pénible. Tu peux pousser tous les bouhouhou de la galaxie, ils ne décollent pas de tes sandales. Quand tu fais ta lessive idem... Quand tu frappes deux trois notes de djembe idem... Toute effluve méditative, toute rêverie, et paf ! Ils ont peur du silence. Je ne sais pas pourquoi. Peut-être l'assimilent-ils à la mort. Quelqu'un qui ne dit rien, quelqu'un qui trait ses secrets, quelqu'un de discret de mystérieux est considéré copmme suspect, on s'en méfie. Il faut parfois se forcer à palabrer. "alors, comment vas-tu ? Comment va la famille ? Et le travail ? Et les poules?....."

Alors faut parader esquiver... Faire semblant de roupiller sous le chapeau. Hier grand bonheur ; Youssouf m'a prêté sa moto. Une bouffée de vent dans la bouille au propre comme au figuré. Des plombes que je n'étais pas montée. Deux trois vérifs. C'est bon, je me rappelle où sont les freins. L'aiguille de vitesse est cassée tiens-je à souligner? Ce n'est pas grave ! Derniers conseils de Youssouf : "tu croises des mômes tu klaxonnes, tu croises des chèvres, tu klaxonnes, tu arrives à un carrefour, tu klaxonnes et tu fonces, si tu as un carton, tu appelles pour qu'on vienne te chercher au dispensaire...."

On the road..... ouhhhhhhh que c'est good ! Une pluie tropicale avait saccagé le quartier la nuit précédante. Splourtchhhhhhhhhhhhhh  Les flaques de boue ocre ! Le plein dans le réservoir. Quelques kilomètres ont suffi pour retrouver le sens de ce si beau mot ; liberté, une pépite de liberté, belle et pure. Les quartiers périphériques de Ségou, le long du fleuve Niger, puis des cases, des femmes pillant le mil avec le bébé sur le dos, des enfants qui tirent la queue des ânes, des charettes médiévales, la misère... et pourtant toute la beauté du monde et une profonde humanité. Un petit hameau plus loin. Le silence. Juste le silence. Et un cheval sur la place. Un cheval noir tout calme qui me regardait. Rien d'autre que cette cavale impériale dans ce cadre dépouillé. Une bouteille d'eau dans le sac que j'ai deversée sur ma tête brûlante. Un petit bout de gâteau qu'il me restait pour gringalet mon nouveau compagnon. Lancelot sur les terres maliennes. Ondine au fond du seau d'eau infestée de mouches. La moto ronronnante, Gringalet qui hénissait un peu "scrontchhhhhh" (c'est le hénissement de gringalet ça), je me suis assise sur une pierre... Le temps de me rouler une oldholborn, de la savourer, de savourer cet instant d'harmonie et de sérennité.

et de repartir sur ma cavale motorisée m'acheter des pommes au marché.

11.07.2008

Elles ne pleurent pas....

Elles s'appellent Aya, Fatoumata, Kadidja.... Elles sont belles comme des coeurs. Mais bien souvent, lorsqu'elles sont fillettes, un dimanche, à Bamako, leur maman leur dit de se préparer, de se faire très très belle, car elles vont aller se promener. Les filles se parent de leurs plus beaux tissus, lissent leurs tresses. Et la voiture d'un voisin, d'un tonton arrive et emporte les femmes. Destination inconnue. Puis enfin une case. Une dame est là, avec son sac en bandoulière. La case a été voilée de tissus blancs. Pour purifier l'intime cérémonial. Les femmes chantent des chansons douces en bambara, en peul ou en songhaï, leur promettant mille cadeaux mille bonbons mille baisers si les fillettes ne pleurent pas. Elles ne pleurent pas, elles hurlent.

Toutou est un mot trop tristement connu ici, trop sauvagement mutilé. L'excision est répandu. C'est aussi une de mes raisons d'être ici. Convaincre les filles de la barbarie de l'acte pratiqué par des sorciers. Ces derniers sont pourtant chassés par l'état malien, pour avoir affirmé que les campagnes de vaccination de l'unicef étaient dangeureuses pour la santé des mômes. Mais les filles nous racontent souvent cette même rengaine qui donne envie de gerber. J'ai mal dans mon corps à les écouter; honte aussi d'avoir mal. Surtout lorsque des années après elles nous racontent toujours hurler de douleur.....

Des toutous des boubous

Leçon de français ce matin... Explication des règles du pluriel aux élèves du primaire. Les mots en "ou" prennent tous un "s" au pluriel, sauf machin hibou, bidule chou, truc genou, etc etc etc.... Donc des boubouS des toutouS....... Eclat de rire dans le classe lololol Hum hein keskispas ? ........ J'ai demandé à un instit local lors de la récré. Pas de bol pour moi : "toutou" veut dire clitoris en bambara. Et moi qui leur expliquais en plus le sens du mot toutou : "le soir je sors mon toutou faire un tour dans le jardin".....

Ces gamins du tiers globe, ils m'hallucinent. Je retiendrai sûrement des odeurs, celle de ce pays, un mélange d'urine, de sang, d'ocre, de viande brûlée et de lait de coco. Mais plus encore les éclats de rire sonore, des clochettes féeriques. Ils se marrent pour un petit rien, ils se marrent pour un petit tout. Le rire comme moyen de communique pour ces enfants illétrés et ne pipant parfois pas un mot de français. Leurs rires, et leurs petites bouilles qui viennent se blottir au creux de nos bras blancs, la nuit, à minuit, fatigués d'avoir trop galopé, alors que nous proftions d'instants cléments de fraîcheur avec une castel bière sur les bors du Niger. Ils n'ont rien, mais ils sont heureux. Ils n'ont rien, mais ils nous donnent tout. Un des mots que je prononce le plus ici est "indécence". Indécence des cadeaux ont ils nous couvrent. Des petites tirelires en terre cuite cassées sur l'écorce d'un citronnier pour aller nous acheter des bijoux (avec un X)...

Et pourtant quelle vie de guenilles. Ils sont sales puant l'urine le sans l'ocre la viane brûlée et le lait de coco, mais ils puent surtout d'un immense amour.

Ils ont organisé aujourd'hui une boum africaine, avec danses, djembe.... Tous les enfants dont nous nous occupons au camp. Ils sont mille. Plus de cent par classe. Et mille mômes qui te chantent en choeur dans la gueule un petit chant spécial. Tu les as là, tu es bien content d'avoir tes lunettes de soleil sur le bout du nez....

09.07.2008

De Bamako à Ségou

Voici quelques jours que nous avons quitté Bamako pour rejoindre notre camp à Ségou sur les rives du fleuve noir, le mythique Niger. Voguent les pinasses et roulent les bus. Quitté la capitale et marche vers la gare routière avec nos sacs dans le petit matin déjà brûlant. Un bus avec climatisation douteuse, des chèvres sur le toit, des poules dans l'allée. Bienvenu au Mali. La traversée du pays a été assez fant^matique. Des villages, des cases, des enfants en guenille braillant pour deux ou trois piecettes. Des souffles rouges venus du désert apportaient une relative fraîcheur. Et voilà Ségou l'impériale qui se dresse sous nos yeux. Un long trajet : un problème de chameau dans le moteur nous a retardés. Encore de l'attente à Ségou; assise sur le trône d'un cireur de chaussures, je regarde, tandis qu'il me demande s'il peut décrotter mes pompes de marche dégueulassées par les mares de "flotte". Le trajet vers le camp s'est fait d'abord en cabine-moto puis à dos d'âne pour nos veinards de sacs. Les rues sont comme à Bamako des bourbiers puants, mais tellement vivants et euphorisants. Là est tout le paradoxe malien. Dans mes récits de voyage, j'ai oublié de préciser que le Mali était  l'un des pays les plus miséreux du monde. Les enfants se baignent nus dans les flaques de boue, mendient, crèvent du sida ou de la malaria, mais avec toute ces population, et surtout ces enfants, c'est une indicible aventure que nous partageons, bien plus qu'une tiède soupe humaine humanitaire. Quelques notes de balafon, j'assouplis mes mains sur la peau du djembe. des swing de nuits noires. Je pense bientôt être en mesure de faire un concert au new-morning ! Chaleur. Des repas à l'ombre des goyaviers, assis en tailleur sur une natte. Les chèvres, les lézads, les poules, les mouches avec nous. Une carafe d'eau, une fourchette à cinq doigts d'une main. Du riz, du manioc, du jus de gingembre. Et des litres de flotte au goût de piscine et de bissap siffléees. La peau irlandaise se teinte doucement des tintements du soleil bleu touareg. Et parfois, le ciel d'un seul coup se fend et déverse des paquets d'eau. Ces jours de pluie, ces nuits de pluie, rien d'autre à faire que de poirauter sur la terrasse couverte, de regarder les lézards faire des pompes sur les rochers, de chasser les insectes chelous qui sortent de terre, de regarder le niveau de l'eau monter, et prier pour que ça s'arrête et qu'il n'y ait pas besoin de ramer avec une pinasse pour aller au marché des légumes ou des bestioles.

Peuple d'eau peuple de sable. Les amis du camp sont cools. Une bande de rasta maliens et togolais fumant et buvant du thé noir nous tiennent parfois compagnie le soir. Peuple hallucinant ! Ce matin déclaration de présence à la police de Ségou. Le commandant de brigade nous reçoit, reggae-bière- et souuuuuuuuuuuuus le soleil à la tv ! Peuple de mômes ! C'est surtout pour eux que je suis venue, et là dessus, il n'y a rien à regretter. Ils sont fracassants, émouvants. Ils vont vendre des bous de bois pour aller ensuite acheter pour nous aux touregs des cadeaux. Ah ça pour sûr, rien à voir avec tous les mômes que j'ai pu croise jusqu'ici. Mais ça, ça mérite une note particulière... La mission d'alphabétisation est lourde : un petit bouquin pédagogique "mamadou et binetta" comme unique support, pour ces enfants avec lesquels il faut appendre quelques mots de peul et de bambara pour communiquer.

 

avant que de ne rentrer au camp, à dix dans une petite carriole, message particulier à mac-mülli et à gastoune : bon anniversaire !!! j'ai trinqué au rhum-bissap en pensant bien à vous

 à bientôt pour de nouvelles notes noires et blanches, pour un concerto en mi la malien !!!

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