03.09.2008

Le retour : au funambule la corde est raide....

Septembre. Ses grandes marées. Le retour qui se fait doucement. Emerger de ces mers africaines. Difficile cap du retour. Laminée par une vague de fond, croche-pattée au moment où je m'y attendais le moins. Revenir à la réalité. Et l'impossibilité de retrouver mes repères, car ces derniers ont tout simplement volé en éclat durant cet été en mon absence. Mettre le refuge roscovite en cartons, emballer tous ces jolis moments bretons, scotcher les souvenirs et les embruns. D'un granit à l'autre cap Paris. Fermer les classeurs finistériens, partir à la pêche au chalut pour draguer les offres d'emploi dans les sous fonds abyssaux de l'anpe. Les petits sentiers côtiers qui deviennent rocades. Des nuits froides. Le bide en vrac, plus habitué aux fromages de savoie et aux vins de bordeaux. Non pas le devoir de vite retrouver mes repères, ils ne sont plus là, mais assimiler cette nouvelle vie qui m'attend : paris, encore et encore les cartons, les sacs à dos, le chômage, le nouveau travail de damien, le vide finistérien et le vide africain, retrouver les rivages de ma vie, retrouver les visages de ma vie.... Une vie de nouveau à réinventer.

Au funambule, la corde est raide...

La corde a été en ces instants de retour raide. Le blues. Un point d'incision dans le coeur. Vague à l'âme. Humeur de cacatoès impaludé. Un mal incernable, sournois, qui se glisse. Le doute. Ca va bien, et puis d'un seul coup, paf ! un mal, comme une vieille fouine, froutchhhhh, le matin, en pleine journée, ou la nuit qui me tacle dans le dos. Tomber. Se relever. Tomber encore.... Et rester forte. Des années d'aventure. Cette ombre que je reconnais comme une vieille intime d'antan. Dépression atmosphérique, il n'y a pas d'autre mot pour qualifier ce nuage qui plane sur ma tête. Elle danse dans mes pattes, charme mes sensibilités, nargue mes failles. Mais aussi tant de force granitique : La vie a peut-être fait de moi une fille des tempêtes. La force ne se mesure jamais dans les moments de bien-être, elle se révèle toujours quand les certitudes vacillent.

Le louvre, des peintures flamandes avec paul. rembrandt, van eyck... de la lumière, de l'obscurité, les deux faces de la vie. notre société vit dans un idéal tellement absolu de bonheur qu'elle n'accepte plus les moments d'impasse. Comme je l'explique alors à aul, ça ne va pas trop trop trop en ce moment, j'ai du mal à revenir, mais ce n'est pas grave, ça passera. parce que c'est peut-être le prix de l'aventure, si je revendique l'aventure belle et pute, alors forcément je revendique aussi ces impasses, les surchauffes de moteur. Et paul me rassure : c'est normal, complètement normal d'être perdue manu, tu reviens de deux mois en afrique, c'est le contraire qui aurait été inquiétant, que tout aille pour le mieux dans le meilleur des monde, c'est même bon signe, ça veut dire que ce voyage t'a marquée et que tu as été au bout de l'aventure...

 

Quelques jours plus tard... Août est passé. Septembre est arrivé. La clé roscovite est sous le paillasson. Kenavo les goëlands. Maintenant, ce sont les pigeons viennent écouter France Inter le matin sur le balcon. La vie qui retrouve très vite du sens. C'est toujours difficile de réaliser un rêve, car il faut que de nouvelles folies, de nouvelles perspectives viennent scander le quotidien. Et ça repart... Ce n'était juste qu'une bonne panne de chameau dans le moteur. Quinze jours de bouderie coriace et de pessimisme furieux, à ne voir que le mauvais côté des choses. L'envie de me foutre des baffes. Et puis chassez le naturel.... Héhéhéhé la vie redevient décidément très belle.

 

Un voyage noir, blanc. L'expérience de la perplexité absolue. Le bonheur le malheur le bien le mal sont des valeurs très relatives. Rester là à sa place, ne pas juger ce qu'on croit naturel, mais qui n'est juste qu'un acquis culturel.

 

Une des grandes leçons africaines...

 

"Au funambule, la corde est raide, mais c'est plus excitant que de vivre à genou"...

Commentaires

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encore une fois je ne sais que dire et même pas mettre des mots sur ce que je pense avoir lu derrière mon écran si confortable, de mon salon si confortable, de ma vie confortable...
Et dire que parfois on se croit important... les choses vraies sont bien ailleurs où on les croient finalement...
Bien-sûr ce récit est autre chose qu'une morale mais pour moi une prise de conscience qu'il y a des gens formidables dont tu fais partie même si t'en gardera quelques bleus au cœur.
Quelle aventure! Je t'embrasse, à bientôt à Paris.

Ecrit par : laure | 04.09.2008

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