12.09.2008
Tombouctou, un désert tel une île inaccessible
Ville sans race. Arabes, touaregs. Après des mois de désert ou de longue montée sur le Niger, Tombouctou était la cité du plaisir, la nuit tant attendue des caravaniers.
Tout est blanc autour de moi. Le désert ondule. Un vent léger fait moutonner les petites crêtes sur les dunes dorées. Un chameau navigue à l'horizon. Terre ! Terre ! Tombouctou ! Cité enfantée d'un dieu sylvestre, d'un dieu éolien, d'un dieu neptunien.
Tombouctou, des portes. Des portes grandioses, bois et argents sculptés, derrière lesquelles on devine des petits garçons récitant des sourates et autres versets coraniques. Des portes massives derrière lesquelles on devine des femmes au teint bleu indigo cassant le sel, berçant un bébé, cuisant l'igname. Des portes qui s'ouvrent derrière lesquelles les artisans touaregs invitent à s'asseoir et regarder cisailler les métaux. Des parfums de menthe poivrée et de sucre. Des portes derrière lesquelles se cachent mille grimoires magiques, ceux de la Bibliothèque René Caillé, géographes et poètes d'une Arabie lointaine, si présente.
Tombouctou, une Porte. Les portes du désert. Un désert immense, engloutissant où les hommes, les bêtes, l'eau, le sable et l'or ont la même valeur, la même irremplaçable futilité. La route apporte la connaissance, la richesse, la liberté. Les êtres du désert sont des gens du ciel. Soit pour remettre leur vie au Créateur ou ancrer leurs pas dans ceux des étoiles, observer le vol des oiseaux de proie, écouter les jappements d'une hyène trop proche.
Un sentiment indescriptible, après deux jours et trois nuits de pinasse sur le Niger, difficile de décrire ce que l'on ressent après un camp humanitaire, un séjour dogon, épuisants physiquement et nerveusement. Les yeux lacérés par les vents de sable, la bouche tuméfiée par une eau tiède et sablée, le corps brûlant, sale, tordu par mille courbatures, couvert de sable... on voit enfin apparaître une cité de sable. Une cité silencieuse et calme. Entre les murs de Tombouctou, la chaleur est écrasante. Du port jusqu'au désert, je marche savourant ce silence auquel mes oreilles n'étaient plus habituées. Seize heures, les portes s'ouvrent, les palabres de marchands libanais reprennent, à mesure que le soleil décline, crissent les pailles, mêlés de cris de bêtes et de tintements de cuivre. Un homme à genoux sur une peau de chèvre, les yeux rougis par une probable rumeur de maladie, un homme à genoux sur une toile de prière, chante une sourate. Le ciel est blanc, les escaliers sont blancs, les vents sont blancs. Phil Collins grésille dans un vieux poste de radio perclu d'arthrose. Première nuit à Tombouctou, la nuit tant attendue des caravaniers.
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