04.09.2008
En mat ou en brillant ?
Les photos... Le Mali est un pays indécent. Le nikonchnikov dans le fond du sac qui démange. Combien de fois il ne m'est pas arrivé d'être là face à une scène banale de na pas pouvoir dégainer et shooter. Indécence de l'appareil photo. Indécence d'une simple présence parfois. Etre là et se dire : "c'est pas possible, personne ne me croira quand je raconterai ça à mon retour..."
Fragment 1 L'orphelinat de Bamako...
Fred est venu me chercher tôt ce matin. Il m'avait pourtant prévenue que si je voulais vraiment voir à quoi ressemblait l'orphelinat, il fallait que je me lève tôt. Dans la nuit. La gueule dans le pâté, je me suis levée, un bol de nescafé et deux chocos. Et on est partis. Une rue sombre. Des margouillats courant dans les détritus. L'orphelinat dort encore. Mais il faut aller fouiller les poubelles voir si des bébés n'ont pas été abandonnés cette nuit. Non, ce n'est pas possible, à la rigueur un tous les trente-six du mois, tu exagères pour me provoquer Fred.... Non, non, non, Emmanuelle, tu vas voir, on va en trouver au moins, les jeunes femmes qui accouchent toutes seules clandestinement savent que c'est ici dans cette rue qu'on recueille les bébés, tiens prend une couverture pour recueillir les nouveaux-nés si on en trouve. Des roses, des choux et des poubelles. Les p'tits bouts naissent parfois ici dans les poubelles... Bonne pioche cette nuit pluvieuse. Deux p'tits bouts. Qu'il a fallu aller déclarer à la police. Qu'il a fallu emmener ensuite à l'hôpital voir s'ils allaient bien, ce qui signifie voir s'ils étaient séropositifs ou non. Et au service pédiatrique de l'hôpital, en rang d'oignons, des bébés malades, des tas de bébés malades. Sida, sida, sida, sida, sida m'indiquait un infirmier pour me dresser un état des lieux des petits lits alignés. Des pleurs, des cris, un manque de place, un manque de seringues, un manque de mains, un manque de soins, un manque total de formation du personnel, des odeurs d'urine, de vomis, de mort. Ca crève à la chaîne au service pédiatrie du dispensaire de bamako. Mais ce n'est pas trop grave, les lits ne restent pas vides longtemps. Comme des sacs de riz, on vire pour accueillir des nouveaux bébés. Etre là, muette, silencieuse, sans voix. Face à l'indicible. Bamako s'éveille. Des enfants jouent déjà au foot dans les rues, des étoiles plein les yeux, devenir le nouveau droghba ou le nouveau tigana : deux ânes en guise de cage de but. Des coups de bâton pour tenir les mulets tranquilles, une canette vide de coca comme ballon rond, sproutchhhh un tir en pleine lucarne entre les pattes de l'âne. L'indécence est partout. Point de pellicule. La peau mate et les yeux brillants de maladie, d'abandon ou de joie des enfants maliens...
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